Homélie du Cardinal André Vingt-Trois - Messe à la Maison Marie-Thérèse

Dimanche 9 avril 2023 - Maison Marie-Thérèse (14e)

– Dimanche de Pâques
- Jn 20,1-9

Frères et Sœurs,

L’évangile nous dit que le disciple que Jésus aimait « vit et crut » (Jn 20,8). C’est lapidaire mais cela pose beaucoup de questions. Qu’est-ce qu’il a vu ? Il n’a rien vu du tout, il a vu le tombeau vide. Il a vu les linges pliés qui indiquaient qu’on n’avait pas enlevé le corps de Jésus dans son suaire. C’est tout ce qu’il a vu. Et pourtant il crut. Comment a-t-il pu croire en voyant le tombeau vide, sinon en se rappelant que Jésus avait annoncé et sa mort et sa résurrection ? Quand il leur avait annoncé sa mort et sa résurrection, les disciples n’avaient pas compris de quoi il parlait. Et donc, en voyant le tombeau vide, ce ne sont pas simplement ses yeux que le disciple voit s’ouvrir, c’est l’intelligence du cœur. Il comprit ce que Jésus avait prédit. Il comprit que ce qu’il avait annoncé était accompli et il crut.

L’évangile de saint Jean nous dira plus tard : « Heureux ceux qui croiront sans avoir vu. » (Jn 20,29) C’est-à-dire nous ! Heureux ceux qui croiront sans avoir vu. Et comme nous sommes souvent nostalgiques de cette vision qui déclencherait automatiquement la foi, nous ne comprenons pas très bien ce que l’évangile veut nous dire. Tout le monde avait vu Jésus crucifié sur le Golgotha. Sa mort était publique ! Tous les habitants et pèlerins de Jérusalem pouvaient voir le Christ mort. Cela aurait été quand même bien que Jésus leur apparût vivant ! Cela aurait compensé le spectacle de sa crucifixion. Puisqu’il a été mis à mort devant tous, pourquoi n’apparaît-il pas vivant devant tous ? Ainsi, il n’y aurait plus eu de problème, tout le monde aurait su qu’il était ressuscité…

Or, ce que nous voyons, c’est qu’il n’apparaît pas devant tous. Il apparaît devant quelques témoins choisis, préparés, entraînés - si je puis dire - à le reconnaître. Pourquoi ? Parce que la résurrection du Christ n’est pas de l’ordre des évidences qu’on est obligé d’admettre sans discuter, elle est de l’ordre de la foi. Il se manifeste à ceux qu’il a préparés pour le reconnaître, et à ceux qu’il a préparés pour annoncer sa résurrection. Mais les témoins, les auditeurs, ceux à qui s’adressent les apôtres, ne sont pas obligés de croire. Le centurion chez qui Pierre fait son discours n’est pas obligé de croire, il n’a rien vu. La reconnaissance de la résurrection suppose un acte de foi, c’est-à-dire un acte de confiance en Dieu, qui dépasse notre expérience concrète et qui nous entraîne dans un mouvement de notre vie pour communier au Christ ressuscité. Ils ne reconnaîtront celui qui est ressuscité qu’au moment de la fraction du pain. Ils ne reconnaîtront le Christ ressuscité que dans ses apparitions discrètes, que nous méditerons au long du Temps pascal : - Touchez mon corps, vous verrez que je suis vraiment ressuscité. Pour nous, la résurrection est vraiment un objet de foi. Nous croyons sans l’avoir vu. Nous y adhérons non pas parce que nous en avons fait l’expérience mais parce que Dieu nous a préparés à reconnaître la résurrection du Christ, parce que la Parole du Christ lui-même nous a préparés à reconnaître la résurrection comme il a préparé les disciples.

Ainsi, dans le monde qui est le nôtre, nous ne sommes pas les représentants d’une expérience extraordinaire que tout le monde pourrait reconnaître par magie. Nous sommes les témoins d’une relation qui ne peut se construire que si l’on s’en remet avec confiance à l’amour de Dieu. C’est cette remise en confiance à l’amour de Dieu qui constitue les témoins, qui a constitué les martyrs de la foi au long de l’histoire de l’Église, et qui nous constitue aujourd’hui nous-mêmes comme témoins pauvres et misérables, chargés d’annoncer ce que nous n’avons pas vu mais ce que nous croyons, parce que le Christ nous l’a dit, et que le Christ ne nous trompe pas.

Amen.

+André cardinal Vingt-Trois, archevêque émérite de Paris

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